
« Prendre soin est peut-être l’une des plus belles façons de reconnaître l’humanité de l’autre. »
Nous utilisons souvent cette expression sans vraiment nous arrêter sur ce qu’elle signifie.
Prendre soin.
Deux mots simples, presque évidents.
Et pourtant, plus j’avance dans mon parcours, plus je réalise qu’ils recouvrent une réalité infiniment plus vaste que ce que j’imaginais.
Longtemps, j’ai cru que prendre soin consistait à trouver des solutions. À répondre aux difficultés, à réparer ce qui semblait abîmé, à soulager rapidement la souffrance.
Aujourd’hui, je vois les choses autrement. Je crois que prendre soin commence bien avant les réponses.
Il commence lorsqu’une personne se sent suffisamment en sécurité pour déposer, parfois pour la première fois, une part de ce qu’elle porte depuis longtemps.
Prendre soin, ce n’est pas avoir toutes les réponses.
C’est accepter de rester présent lorsque les réponses ne sont pas encore là.
C’est offrir un espace où la parole peut émerger, où les émotions peuvent être accueillies sans être jugées, où les silences ont autant de valeur que les mots.
Au fil de mon parcours, j’ai rencontré des personnes très différentes. Certaines traversaient un épuisement professionnel. D’autres faisaient face à un deuil, une séparation, une maladie ou une profonde solitude. D’autres encore exprimaient leur souffrance par la colère, les addictions, le retrait ou des comportements que l’on juge parfois avant de chercher à les comprendre. Chaque rencontre m’a rappelé une même évidence :
Derrière chaque comportement, il existe une histoire. Une histoire que l’on ne connaît pas toujours. Une histoire qui ne justifie pas nécessairement les actes, mais qui permet souvent de mieux les comprendre.
Cette conviction guide aujourd’hui ma manière de travailler. Elle ne consiste pas à excuser ou à minimiser les difficultés rencontrées. Elle consiste à ne jamais réduire une personne à ce que l’on voit d’elle.
Nous sommes tous bien davantage que nos peurs, nos erreurs, nos symptômes ou les périodes difficiles que nous traversons.
Prendre soin, c’est reconnaître cette complexité.
C’est rencontrer une personne avant de rencontrer son problème. C’est écouter avant d’interpréter, observer avant de conclure, comprendre avant de juger.
Cette manière d’être ne s’est pas imposée à moi du jour au lendemain. Elle s’est construite progressivement.
Au fil de plus de dix années passées dans les ressources humaines, où j’ai découvert que les difficultés professionnelles révélaient souvent des souffrances plus profondes.
Au fil de mon engagement bénévole, qui m’a appris combien une écoute sincère peut parfois représenter un premier pas vers le changement.
Au fil des formations en Premiers Secours en Santé Mentale, qui m’ont confortée dans l’idée que chacun peut apprendre à reconnaître la souffrance psychique et à orienter avec bienveillance.
Au fil de mon retour à Saint-Martin, territoire auquel je suis profondément attachée, où j’ai eu la chance de contribuer à des actions de prévention et de sensibilisation en santé mentale.
Et aujourd’hui, au fil de ma formation de psychothérapeute, qui m’apprend chaque jour que l’accompagnement ne consiste pas à apporter des réponses toutes faites, mais à cheminer aux côtés d’une personne dans le respect de son histoire, de son rythme et de ses ressources.
La souffrance psychique ne ressemble pas toujours à ce que l’on imagine. Elle est parfois silencieuse, parfois invisible.
Elle peut se cacher derrière un sourire, une agitation permanente, une colère, un perfectionnisme, une fatigue inexpliquée ou un retrait progressif.
C’est aussi pour cette raison que je crois profondément à la prévention. Parce qu’il n’est pas nécessaire d’attendre qu’une personne s’effondre pour commencer à prendre soin d’elle.
Un regard attentif.
Une écoute sincère.
Une présence respectueuse.
Une question posée avec délicatesse.
Quelques mots qui permettent enfin à quelqu’un de dire : « Je ne vais pas très bien. »
Des gestes simples qui ne résolvent pas tout mais qui peuvent représenter le début d’un chemin.
Au fond, prendre soin n’est pas une compétence réservée aux professionnels de la santé.
C’est une manière d’être en relation avec les autres.
Une manière de reconnaître leur humanité sans oublier la nôtre, c’est accepter que nous soyons tous, à certains moments de notre vie, vulnérables.
Et que nous ayons tous besoin, un jour, qu’une personne nous écoute sans chercher immédiatement à nous réparer.
Cette conviction est devenue le fil conducteur de mon parcours. Elle inspire les formations que j’anime, nourrit ma pratique de future psychothérapeute et guide les projets que je développe avec Escale Formations.
Parce qu’au fond, je ne crois pas que l’on puisse « réparer » une personne.
Je crois que chacun possède des ressources, parfois oubliées, parfois enfouies, mais toujours dignes d’être reconnues.
Notre rôle est peut-être simplement de créer les conditions qui permettront à ces ressources de réapparaître.
Prendre soin, ce n’est pas chercher à changer l’autre, c’est lui offrir un espace suffisamment sécurisant pour qu’il puisse, à son rythme, redevenir pleinement lui-même.

Samedi 18 juillet 2026